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Jours Fériés Saisonniers Lettons Version imprimable Suggérer par mail

Les cycles annuels sont disposés en tranches de vie; celles-ci se mêlent aux destinées et dans leur polyphonie, l’on peut ressentir le parcours d’un peuple face à l’éternité. La perception lettonne traditionnelle du monde se développe par le dialogue avec la nature, Dieu (déités), et avec d’autres personnes. Le dialogue est l’outil nécessaire à un bon accord , mais en plus, la vie harmonieuse est une des perceptions les plus fondamentales de nos ancêtres, c’est-à-dire être en harmonie avec la nature, Dieu, les autres, et soi-même.

Lorsqu’elle tourne autour du soleil, la terre franchit, dans l’espace d’une année, quatre points de repères, liés au changement de la durée du jour et de la nuit. Ceux-ci sont marqués par le début et la fin de certains travaux champêtres. Ce rythme de la nature détermine quand et comment les quatre plus importants jours fériés lettons sont célébrés.

La tradition saisonnière lettonne prend son origine dans les forêts et la campagne, et reflète les valeurs et le style de vie du peuple qui a cultivé et aimé cette terre. Cependant, ces traditions séculaires se sont également établies dans les villes et se sont adaptées à la vie urbaine. Par conséquent, non seulement les traditions saisonnières lettonnes anciennes restent populaires de nos jours, mais elles font partie intégrante de la société contemporaine lettonne.

Pâques

Lieldienas, "Le Grand Jour", "Grand Jours" - ce sont là les phrases employées dans les chansons populaires pendant l’équinoxe du printemps. Selon la tradition populaire, Pâques arrive quand la journée devient plus longue que la nuit pour la première fois de l’année.

Le matin de Pâques, les gens se lèvent avant le lever du soleil, et pour garantir bonne santé et beauté, ils s’empressent de se laver le visage dans une source ou un cours d’eau s’écoulant vers l’est. Ceci est suivi par une des plus importantes activités pascales – attendre le lever du soleil exactement lorsqu’il apparaît, le matin de l’équinoxe. Dans les villages de Livonie, la matinée débute avec l’appel et le réveil des oiseaux, afin de protéger les gens du mal et de la maladie.

Ceux qui se sont levés les premiers, réveillent ceux qui sont toujours endormis et les battent à l’aide de branches de bouleau qui ont été vaporisées à l’eau chaude. Ces branches transmettent des vertus spéciales aux gens, telles que fertilité, succès et bonne santé. Ce rituel est lié aux concepts archaïques sur l’aliment de vie et son pouvoir d’amélioration de la fertilité.

L’équinoxe du printemps (21 mars) est l’époque où les fermiers doivent travailler sans relâche, pour pouvoir suivre le rythme imprimé par le renouveau de la nature. Cependant les Lettons parviennent tout de même à se procurer des moments de répit, devant tant de hâte: l’important rituel pascal de la balançoire en est un bon exemple. Mais lorsque l’on fait de la balançoire à Pâques, il n’est pas question de s’arrêter ; c’est elle qui doit seule s’arrêter. Le champ de lin pourra compléter sa floraison, sans avoir à subir la pluie ou le vent, seulement si le balancement est doux. Selon les croyances archaïques, le balancement est lié à la fertilité, et il doit être fait, pour que le bétail soit prospère, ainsi que le lin, et pour éviter les piqûres des moustiques et des taons. Les premiers à être balancés sont souvent le maître et la maîtresse de maison, ensuite les autres prennent leur tour. Pour les récompenser de les avoir balancées, les filles offraient aux garçons des oeufs, des pâtés en croûte ou même des mitaines et des chaussettes faites à la main.

Par le passé, les œufs symbolisaient la vie, pour divers peuples, et dans les traditions d’équinoxe de printemps lettonnes, les œufs tiennent également une place spéciale. En préparation des fêtes de Pâques, les œufs étaient colorés avec des peaux d’oignons, des pousses de seigle, de la camomille ou des brindilles de foin. Ceci n’est pas une coutume bien ancienne, mais elle n’en reste pas moins très populaire. Les oeufs sont offerts pour être emmenés sur la balançoire, et on les entrechoque pour voir lesquels se brisent moins rapidement, car selon la croyance traditionnelle, celui donc la coquille d’œuf est la plus dure, vivra plus longtemps. Pendant Pâques, les œufs sont enroulés et consommés en grandes quantités, parce qu’en plus des galettes rondes et de germes de grains, ils sont les aliments de base à Pâques.

Le Solstice d’été

Le solstice d’été (22 juin) marque une division à la fois dans la nature, comme dans le travail du fermier. Dans la nature, c’est la journée la plus longue et la nuit la plus courte; et lorsqu’en Lettonie, le court été a atteint le sommet de sa floraison. Pour le fermier, le labourage, l’ensemencement et le sarclage sont accomplis avant le solstice d’été, mais après celui-ci commence la période de moisson, qui débute avec le fauchage du foin.

Toutes les herbes et fleurs cueillies au solstice d’été (Jāņi) sont appelées herbes-Jāņi, et le jour précédent le solstice d’été est souvent appelé Jour des Herbes. Pendant cette période, les herbes et racines cueillies sont perçues comme ayant un pouvoir de guérison spécial, utile pour le traitement des personnes et du bétail. Les herbes du solstice d’été, sont tressées en guirlandes et ajoutées dans les bouquets. Les femmes et les filles fabriquent des guirlandes qui seront portées par tous les célébrants. La tradition veut que les femmes portent des guirlandes de fleurs, tandis que les hommes portent, eux, celles fabriquées avec des feuilles ou des brindilles de chêne. Les chambres, les étables, les corrals, les puits, les moulins et autres endroits importants de la vie du fermier, sont décorés avec des herbes du solstice d’été. Le bétail et les clôtures sont ornés de guirlandes. Des branches de bouleau, de chêne et de sorbier sont utilisées pour la décoration des portes et des chambres.

La mythique fougère à fleurs est l’une des plus importantes herbes du solstice d’été en Lettonie. Selon la légende, celle-ci ouvre sa fleur dorée magique seulement à la Veille du solstice d’été. La Veille du solstice d’été est une nuit magique, où l’on peut, soit rencontrer Mère Fortune (Laima) elle-même ou Dieviņš marchant, voir de l’argent se sécher, et si vous êtes chanceux - trouver la fleur de fougère en floraison.

Pour la fête du Solstice d’été, la maîtresse de maison fait du fromage, tandis que le maître brasse de la bière. Ceux-ci sont offerts aux célébrants. La meule de fromage et la chope de bière sont accompagnés des bénédictions de la nature et de Dieu. Les chansons, danses et rituels des "enfants" du Solstice d’été bénissent chaque chose et chaque individu, à qui ils s’adressent. Le tournant le plus important de l’année a été atteint, et chaque célébrant participe à l’union du "Père Ciel" et de la "Mère Terre".

Les traditions les plus colorées du Solstice d’été sont les chansons līgotne, chansons populaires du Solstice d’été au refrain caractéristique - līgo, līgo. Plusieurs milliers de chansons sont chantées sur Saule (Soleil), l’enfant du ciel Jānis, les hôtes de chaque ferme - "mère" et "père" du Solstice d’été, et les enfants Jānis - les célébrants qui vont d’un champ à l’autre en chantant et en apportant des bénédictions avec leurs chansons et en cueillant les herbes de la Saint-Jean tout au long de la route. Chaque phase de la célébration, chaque situation et ses caractéristiques font l’objet de chansons.

Les fêtes du Solstice d’été ne seraient pas complètes sans les feux-Jāņi (Feux de la Saint-Jean), qui sont allumés avant la tombée de la nuit pendant la "Soirée aux Herbes" et sont ravivés jusqu’au lever du soleil, au matin-Jāņi. Le feu-Jāņi est allumé au sommet d’une colline. Un baril de goudron est placé en haut d’un poteau – appelé pundeles ou pūdeles, avec une roue imbibée de goudron et entourée de paille ou bien avec des lampes ou des torches de paille préparées spécialement. Le feu-Jāņi purifie, améliore la santé et la fertilité, et chasse le mal.

Célébrations d’automne

La fin de l’été et le déplacement du soleil en position hivernale, marque l’équinoxe d’automne (23 septembre). Avant la fête de Miķeļi, toutes les récoltes doivent être emmagasinées et les jardins récoltés, parce qu’après Miķeļi, les portes s’ouvrent pour l’hiver.

Les rites liés à la moisson du grain à la fin de l’été et le début de l’automne occupent une place toute particulière. Au début des moissons, on fête les Rudenāji, mais à la fin des travaux de récoltes, le devoir le plus important pour les moissonneurs est de chasser ou d’attraper le Jumis.

Le mot "Jumis" a deux significations: on appelle Jumis deux épis au bout d’une seule tige ou deux fruits ou légumes qui ont poussé ensemble. De plus, Jumis, est un esprit des champs et un symbole de fertilité selon la croyance lettonne.

La plus ancienne manière d’attraper Jumis combinent des expressions utilisant du vocabulaire de travaux d’ensemencement et de récoltes. C’est à dire qu’à la fin de la récolte, une touffe-Jumis n’est pas coupée, les épis sont noués, tournés vers le sol, et maintenus à terre à l’aide d’un caillou ou entouré de terre. Les grains sont retirés des épis en touffe et éparpillés sur le sol labouré. L’esprit et la force de la récolte sont re-dirigés vers la terre, pour qu’ils puissent réapparaître dans le nouvel ensemencement.

Plus tard, la dernière gerbe est tressée en une guirlande ou une natte, emportée à la maison avec beaucoup de fierté, et offert à la maîtresse, qui lui garde une place d’honneur jusqu’au nouvel ensemencement. Au printemps, les grains retirés de la guirlande, sont ensemencés, ou bien la guirlande toute entière est placée sous une pierre dans le champ.

Comme nourriture-Jumis spéciale, un pain-Jumis particulier est préparé, plus grand que le pain habituel, et c’est avec un grand honneur que celui-ci est consommé.

L’ensemencement, le battage et la capture du Jumis sont liés au travail de groupe - talkas. Les voisins travaillent ensemble, et après cela, ils organisent une fête avec des chansons affectueuses spéciales, de la danse, et des rituels de fertilité à symbolisme érotique. La lutte pour le stebere (une imitation du phallus avec une carotte et une pair d’oignons) est un de ces rituels, où les garçons tentent de le retirer des mains des filles.

A la fin de la récolte, on célèbre le festival de Apjumības. A la suite de celui-ci, ou dans certaines régions après Miķeļi, la calme "période des ombres" commence. A ce moment, les ombres - esprits des morts – se rendent dans les fermes pour veiller sur la vie du ménage et bénir la vie et le travail futurs. Des festins spéciaux sont préparés dans les granges à foin, les saunas ou dans la salle de séjour.

Noël

Le solstice d’hiver (22 décembre) est célébré au cours de la nuit la plus longue et la journée la plus courte, lorsque les travaux des champs sont limités, quand les gens se rassemblent le soir pour bavarder, tout en faisant du tricot et autres travaux manuels, se racontant des contes de fées et autres histoires, se posant des devinettes, chantant et dansant. Dans la tradition Chrétienne, Noël commémore la naissance du fils de Dieu, mais dans la culture traditionnelle Lettonne, c’est la renaissance de la vierge du Soleil.

Pendant la période de Noël, les chambres sont décorées d’ornements en trois dimensions, faits de paille ou de roseau, qui sont surnommés en langue vernaculaire lukturi, puzuri, krīği, putni, et ainsi de suite. Des branches de chêne vert, du genévrier, des chiffons colorés, des copeaux de bois et d’autres matériaux naturels sont également utilisés pour les décorations.

La tradition de Noël la plus connue est l’art du déguisement. Dans certaines régions ces ķekatas sont appelés budeļi, kūjenieki, preiļi, kurciemi, čigāni, ou kaladnieki. La période du déguisement pour les Lettons, va de la St. Martin au jour du Carnaval (avant le début du carême), mais les plus intenses déguisements ont lieu autour de la période de Noël. Les enfants mettent leurs costumes et portent des masques différents. Les masques traditionnels les plus répandus représentent des ours, des chevaux, des grues, des loups, des chèvres, des meules de foin, des femmes de haute taille, des hommes de petite taille, la mort, des diseuses de bonne aventure et des morts-vivants. Conduits par un "Père", les enfants ainsi déguisés, vont de foyer en foyer ou de village en village. Ils apportent la bénédiction aux foyers, encouragent la fertilité, et chassent les mauvais esprits.

Une autre tradition caractéristique de Noël est de traîner la bûche derrière soi. L’explication en est la suivante: chacun rassemble et brûle symboliquement ses problèmes et ses malheurs de l’année qui se termine. La bûche de Noël est traînée, soit par des personnes d’une même ferme ou par plusieurs voisins ensemble. Cela s’accompagne de chansons, de jeux chantés et de diverses sonorités instrumentales. Si des personnes de fermes différentes se retrouvent ensemble, alors la bûche est brûlée dans la dernière ferme où elles arrivent.

Un banquet généreux fait partie intégrante des fêtes de Noël, et la tête de porc bouillie à l’orge pilé, était la nourriture la plus caractéristique servie au cours de ce banquet. Cette nourriture avait pour nom ķūķis, koča, ou kīķas. L’on surnommait parfois la Veille de Noël le soir de Ķūķi. D’autres plats traditionnels se composaient de pois, haricots, ou de saucisses d’orge, qui étaient perçus comme des symboles du soleil ou de l’année, à cause de leur forme arrondie.

A notre époque, les Lettons préparent des biscuits en pain d’épices et décorent un sapin avec des bougies allumées. La décoration de l’arbre de Noël est une tradition empruntée aux seigneurs baltes il y a plusieurs centaines d’années.

© Text: Māra Mellēna, Centre d’Etudes Ethniques de l’Université de Lettonie, 2000

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